Pourquoi Macron portait-il des lunettes de soleil à Davos ? La question a saturé les réseaux sociaux français dès le 20 janvier 2026, plusieurs heures avant que l'Élysée ne fournisse la moindre explication. Ce jour-là, au Forum économique mondial, le président est monté sur l'estrade avec une paire de lunettes aviateur à verres bleutés — et il ne les a pas retirées, y compris en intérieur, pendant tout son discours face à un parterre de chefs d'État et de patrons. Le temps que la vraie raison circule, le mème avait déjà pris son envol.
Un œil rouge repéré cinq jours plus tôt
L'histoire ne commence pas à Davos mais à Istres, le 15 janvier 2026, lors des vœux aux armées. Les caméras avaient déjà capté un œil droit anormalement rouge et légèrement fermé. Personne n'y avait prêté grande attention sur le moment. Mais quand le même œil réapparaît caché derrière des verres fumés cinq jours plus tard, sur la scène la plus filmée de la semaine, l'addition se fait toute seule : quelque chose ne va pas, et la communication élyséenne n'a encore rien dit.
Le 56ᵉ Forum économique mondial se tenait du 19 au 23 janvier à Davos, en Suisse. Macron y prenait la parole le 20 janvier dans un climat tendu, marqué par les menaces tarifaires de Donald Trump — c'est d'ailleurs ce même discours qui a produit une autre expression devenue culte sur TikTok, la fameuse punchline « for sure », dont on vous racontait déjà l'histoire complète. Deux mèmes nés du même quart d'heure de scène : la panoplie mémétique de ce Davos 2026 est décidément bien fournie.
Maverick sans avion de chasse
Très vite, la comparaison qui s'impose sur les réseaux, c'est Top Gun. Un président français en aviator lenses bleutées, planté devant un parterre de milliardaires et de chefs d'État, ça ressemble à s'y méprendre à une scène de film. La presse suisse elle-même s'en amuse : un titre de 20 Minutes évoque « Maverick Macron au WEF », ajoutant que la légende veut qu'il se déplace en avion de chasse. Le clin d'œil tombe d'autant mieux que Macron traîne déjà une réputation de globe-trotteur aérien sur les réseaux — voyez plutôt cette vidéo où on le montre en plein travail dans son avion privé, un classique du genre bien avant Davos.
La presse anglo-saxonne relaie l'image avec un mélange d'amusement et d'incrédulité : Gulf News et Euronews consacrent chacun un article à la façon dont « les lunettes de Macron ont cassé Internet ». En France, en revanche, le ton est nettement moins léger. Le sujet vire rapidement à la polémique politique, une partie des commentateurs jugeant l'image présidentielle écornée, quand d'autres au contraire l'humour comme la seule réponse sensée à un non-événement médical.
Henry Jullien, la maison qui n'avait rien demandé
Ironie de l'histoire : la paire portée par Macron, le modèle Pacific S 01 Double Or Palladium, sort des ateliers de la maison lunetière française Henry Jullien, fondée en 1921. Une entreprise centenaire qui se retrouve du jour au lendemain propulsée dans l'actualité people mondiale. Conséquence tangible et vérifiable : le titre coté d'iVision Tech, propriétaire de la marque, bondit de 65 % dans la foulée de l'apparition présidentielle. Rarement une paire de lunettes de soleil aura eu un effet aussi direct sur un cours de Bourse — la preuve, s'il en fallait une, que ce genre de mème présidentiel a une vraie valeur d'exposition.
Une hémorragie sous-conjonctivale, rien de plus
Sur le plan médical, l'explication finalement donnée est d'une banalité presque déceptive comparée à l'emballement qu'elle a suscité : une hémorragie sous-conjonctivale, autrement dit un petit vaisseau sanguin qui éclate sous la membrane de l'œil. Le phénomène est fréquent, indolore, et se résorbe seul en une à deux semaines, sans traitement particulier. Interrogé sur le sujet, un ophtalmologue a même précisé que porter des lunettes noires n'accélère en rien la guérison : dans le cas de Macron, elles servaient avant tout à masquer la rougeur sur les photos plutôt qu'à protéger l'œil.
Ce décalage entre la gravité perçue et la réalité clinique est justement ce qui nourrit le mème : plus l'explication est anodine, plus la mise en scène — lunettes gardées en intérieur, silence initial de l'Élysée, comparaison à un pilote de chasse — paraît disproportionnée, donc drôle.
Un mème de plus dans une longue collection
Ce n'est ni la première ni la dernière fois que Macron alimente malgré lui le stock mémétique francophone. Sur X-Memes, on trouve déjà son tic de langage « oui, peut-être » attrapé pendant la réforme des retraites, ou encore ce détournement qui l'affuble du style Mister V. Les lunettes de Davos s'ajoutent à cette collection avec un avantage qu'aucun des précédents mèmes présidentiels n'avait : un impact boursier chiffré et vérifiable, ce qui n'est déjà pas si mal pour une paire de Ray-Ban.
Un an après, difficile de dire si le grand public se souvient encore du contexte géopolitique tendu de ce Forum économique mondial. Ce qui reste, en revanche, c'est l'image : un président en lunettes aviateur, immobile sous les projecteurs, pendant que tout Internet se demandait s'il allait sortir un avion de chasse de sa poche.






