Sur TikTok et sous les vidéos d'actu, la question revient sans cesse : pourquoi Zemmour répète sans arrêt « comme c'est bizarre » ? La phrase, lâchée avec un sourire en coin et une pointe d'accent, est devenue l'une des punchlines les plus recyclées de la télé française — au point que son propre auteur a fini par la retourner contre lui-même, sur Twitter, en pleine viralité.
Une manie de plateau, pas une punchline unique
Contrairement à beaucoup de mèmes nés d'un seul extrait, « Oh, comme c'est bizarre ! » n'a pas de scène fondatrice unique. C'est un tic de langage récurrent d'Éric Zemmour, chroniqueur puis polémiste omniprésent sur CNews, qu'il ressort chaque fois qu'il veut souligner ironiquement une coïncidence qui n'en est pas une à ses yeux — un scandale qui implique toujours les mêmes acteurs, une décision politique qui arrange toujours les mêmes intérêts. La plateforme héberge plusieurs de ces extraits, dont un échange resté célèbre autour d'Angela Merkel et du Brexit, où le ton faussement étonné fait déjà mouche avant même de devenir un mème.
C'est cette répétition, plus que tel ou tel passage précis, qui a fabriqué le personnage : sur les plateaux de CNews, connus pour leurs face-à-face tendus entre journalistes et invités, Zemmour est devenu au fil des années la voix qu'on associe spontanément au sarcasme sur les « hasards » trop pratiques.
L'été 2021, le moment où la phrase devient mème
C'est à l'été 2021 que l'expression bascule du tic personnel au mème identifiable. Des comptes spécialisés dans les mèmes politiques français, comme « Le répertoire à mèmes » sur Twitter, capturent et font circuler des extraits de Zemmour lâchant son « comme c'est bizarre » avec la mimique qui va devenir la signature du mème : sourcils levés, sourire figé, petit temps de pause avant la chute.
Le tournant le plus révélateur arrive quelques semaines plus tard, le 24 août 2021 : Éric Zemmour lui-même reprend la formule dans un tweet, « Oh ! Comme c'est bizarre... », en commentant l'actualité du moment. Le geste est presque contre-intuitif pour un mème politique : d'ordinaire, la personnalité visée subit la moquerie sans jamais s'en mêler. Ici, Zemmour joue le jeu, récupère sa propre punchline devenue virale et la remet en circulation lui-même — ce qui ne fera qu'accélérer sa diffusion. Il rééditera l'exercice à plusieurs reprises dans les années suivantes, toujours avec la même formule quasi identique.
Une variante moins connue : « incroyable hasard »
Le mème a aussi ses variantes internes, nées des mêmes ressorts télévisuels. Sur la plateforme, un autre extrait, celui de l'« incroyable hasard » lancé par Zemmour à propos des sanctions contre la Russie, fonctionne exactement sur le même principe rhétorique : pointer une coïncidence en feignant la surprise pour mieux insinuer qu'il n'y en a pas. Ce doublon volontaire dans le vocabulaire du polémiste montre bien que « comme c'est bizarre » n'est pas un accident de plateau isolé, mais une figure de style qu'il a construite et répétée sciemment, et que les internautes ont fini par cataloguer comme telle.
Cette logique n'est pas propre à Zemmour : les personnalités politiques françaises fournissent régulièrement ce genre de matière première aux internautes, qui s'emparent d'une réaction filmée en direct pour en faire un outil de commentaire universel. La punchline de Mélenchon découvrant en direct qui était sa remplaçante en est un autre exemple bien connu : une expression faciale de politicien, capturée à la télévision, recyclée pendant des années sur les réseaux sans le moindre rapport avec le contexte d'origine.
Un mème toujours actif, loin de son contexte d'origine
Plus de deux ans après sa première viralité, « Oh, comme c'est bizarre ! » n'a rien perdu de son usage. Le son et l'expression continuent de circuler sur TikTok pour illustrer n'importe quelle coïncidence du quotidien, souvent sans le moindre rapport avec la politique : un livreur qui arrive juste après qu'on a fini de manger, un contrôle qui tombe pile le jour où on n'a pas révisé. Des comptes de montage compilent régulièrement « les mèmes de Zemmour » comme un genre à part entière, où cette phrase revient systématiquement en tête de liste.
Ce détachement progressif du contexte politique est justement ce qui distingue un mème qui dure d'un simple clip viral éphémère : la phrase a survécu à l'actualité qui l'a rendue populaire, pour devenir un outil rhétorique générique — l'équivalent français d'un sarcasme universel sur papier, transposé en son et en grimace.




