il y a 2 semaines (modifié il y a 2 semaines)
Le chimpanzé à l'AK-47 : la fausse vidéo de guerre qui a annoncé La Planète des Singes
guillaume
Un chimpanzé énervé, un fusil d'assaut, des soldats qui détalent en hurlant : la scène a tout d'un fait divers africain filmé au téléphone. Pendant quelques semaines à l'été 2011, des millions d'internautes ont cru regarder une vraie attaque. En réalité, ils venaient de se faire piéger par l'une des campagnes de marketing viral les plus efficaces de la décennie.
Origines
La vidéo apparaît en juillet 2011, quelques semaines avant la sortie en salles de La Planète des singes : Les Origines (titre original Rise of the Planet of the Apes), prévue le 5 août de la même année aux États-Unis. Filmée caméra à l'épaule façon reportage amateur, elle montre des soldats hors service en train de chahuter un chimpanzé en Afrique, qui finit par s'emparer d'un AK-47 et ouvre le feu, provoquant la débandade générale.
Rien dans le montage n'indique explicitement qu'il s'agit d'une fiction : seul un petit logo discret en haut à gauche de l'écran, accompagné de la mention « 20th Century Fox Research Library », trahit son origine promotionnelle. Le studio avait en fait produit toute une série de courtes vidéos « documentaires » mettant en scène des singes maniant des armes ou dépeçant une carcasse à la machette, dans le but de rendre crédible la prémisse du film : des chimpanzés à l'intelligence décuplée par une expérience scientifique, capables de se retourner contre l'humanité. Des experts interrogés par la presse américaine, notamment sur CBS News et LiveScience, ont rapidement confirmé que la séquence était mise en scène avec des chimpanzés entraînés, et que l'idée d'un singe utilisant délibérément une arme à feu de façon offensive restait peu crédible scientifiquement.
Propagation
Le calcul du studio s'est révélé payant. Selon les classements de partage de vidéos publicitaires de l'été 2011 (notamment ceux établis par Unruly Media), le clip du chimpanzé à l'AK-47 a figuré parmi les contenus de marque les plus partagés du mois de juillet, devançant des publicités bien plus classiques. Relayée sur les forums, les blogs spécialisés cinéma et les premiers réseaux sociaux grand public, la vidéo a aussi été reprise par la presse généraliste et les sites de cinéma français, comme jeuxactu.com, qui la présentaient alors comme « la vidéo virale du moment ». Le doute savamment entretenu entre canular et image réelle a nourri le bouche-à-oreille : on s'envoyait le lien justement pour demander à son entourage si c'était vrai.
Le succès du teaser a aussi profité directement au film, dont la sortie a été un carton commercial et critique, lançant la nouvelle trilogie Planète des singes qui se poursuivra avec L'Affrontement (2014) et Suprématie (2017).
Variations notables
Contrairement à beaucoup de mèmes nés d'un simple détournement, celui-ci est resté assez fidèle à son extrait d'origine : c'est moins le concept qui a été remixé que l'image elle-même, recyclée telle quelle. Le passage où l'animal arme son fusil puis tire en rafale est devenu un montage-réaction tout fait pour illustrer un basculement brutal et absurde, le moment où une situation calme dégénère d'un coup sans prévenir. On retrouve aussi la vidéo associée à des montages sur le thème du chaos généralisé ou de la panique collective, son réalisme volontairement trompeur jouant encore aujourd'hui sur l'ambiguïté entre image choc et fiction assumée. Plusieurs sites et comptes dédiés au débunkage de vidéos « trop belles pour être vraies » continuent par ailleurs de la citer comme exemple d'opération de marketing viral particulièrement bien ficelée.
Aujourd'hui
Près de quinze ans après sa diffusion, l'extrait a quitté son rôle de teaser publicitaire pour mener une seconde vie de pur réflexe culturel internet. Beaucoup de ceux qui le repartagent aujourd'hui ignorent même qu'il s'agissait d'une publicité pour un film : il est devenu un fragment d'imagerie virale autonome, détaché de son contexte promotionnel d'origine. Le clip illustre bien un phénomène propre à l'ère des réseaux sociaux, où une vidéo conçue pour vendre un produit peut s'émanciper totalement de sa fonction commerciale et devenir un objet de partage et de réaction à part entière, aussi marquant que les images qu'il imitait à l'origine.

