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Nyan Cat : comment un chat-Pop-Tart dessiné pour une cagnotte caritative est devenu un mème à 590 000 dollars
guillaume
Un chat gris au corps de Pop-Tart, une traînée arc-en-ciel et une boucle musicale suraiguë répétée à l'infini : voilà tout ce qu'il faut pour devenir une légende d'Internet. Nyan Cat, apparu en 2011, reste quinze ans plus tard l'un des GIFs animés les plus reconnaissables au monde, capable de se réinventer jusque dans l'univers très sérieux des NFT.
Origines
L'histoire commence le 2 avril 2011. Christopher Torres, un illustrateur de Dallas connu en ligne sous le pseudonyme « prguitarman », organise un livestream caritatif au profit de la Croix-Rouge américaine, quelques semaines après le séisme et le tsunami dévastateurs qui viennent de frapper le Japon. Pendant la diffusion, il dessine en direct des personnages suggérés par les spectateurs du chat : l'un réclame un chat, un autre une Pop-Tart. Torres fusionne les deux idées et publie sur son site LOL-Comics un petit GIF montrant un chat gris, inspiré de son propre animal appelé Marty, doté d'un corps en biscuit Pop-Tart aux couleurs pastel.
Trois jours plus tard, le 5 avril 2011, l'internaute Sara June (pseudo « saraj00n ») reprend l'animation de Torres et l'associe à une boucle de huit secondes tirée d'une chanson pop japonaise, « Nyanyanyanyanyanyanya! », interprétée par Daniwell. Elle met le tout en ligne sur YouTube sous le titre « Nyan Cat », faisant défiler le chat sur un fond étoilé au rythme de cette mélodie devenue culte.
Propagation
La vidéo explose presque immédiatement. Relayée par des sites comme G4 et CollegeHumor, elle se propage sur Reddit, 4chan et Facebook, cumulant plusieurs millions de vues en quelques semaines seulement. Dès avril 2011, elle figure parmi les dix vidéos les plus virales du mois selon Business Insider, avec plus de 7 millions de vues. Sa simplicité redondante — une boucle visuelle et sonore infinie, sans narration ni chute — en fait un support parfait pour les défis absurdes typiques de l'époque : des internautes publient des versions de la vidéo qui durent dix heures d'affilée, transformant le visionnage en une sorte d'épreuve d'endurance comique. En 2012, Nyan Cat reçoit même un Webby Award dans la catégorie « Mème de l'année », consacrant sa place dans la culture populaire.
Variations notables
Le succès du personnage donne naissance à une quantité impressionnante de dérivés. Des mashups combinent des dizaines de mèmes-chats différents en une seule vidéo saturée d'effets. Nyan Cat inspire aussi des jeux vidéo officiels et non officiels, des applications mobiles, du merchandising, et apparaît comme easter egg dans plusieurs jeux et logiciels populaires.
Le tournant le plus spectaculaire survient en février 2021 : pour célébrer les dix ans du mème, Chris Torres met aux enchères une version NFT de l'œuvre originale sur la plateforme Foundation. Partie à 3 ETH (environ 5 000 dollars), l'enchère s'envole dans les trente dernières minutes pour finalement atteindre 300 ETH, soit près de 590 000 dollars. Ce n'est pas le fichier GIF lui-même qui change de mains — il reste librement copiable et visible partout sur le web — mais un certificat cryptographique unique inscrit sur la blockchain Ethereum. Dans la foulée, Torres multiplie les déclinaisons NFT, dont une collaboration avec le rappeur Snoop Dogg baptisée « Nyan Dogg », vendue 14,2 ETH, ainsi que des éditions ouvertes comme « Hazy Nyan Cat » et « Nyan Blunt », qui rapportent ensemble près de 208 000 dollars.
Aujourd'hui
Quinze ans après sa création, Nyan Cat demeure une référence quasi universelle de la culture Internet, souvent citée aux côtés de Doge ou Rickroll parmi les mèmes fondateurs de l'ère YouTube. Il symbolise une période où l'absurde et la répétition suffisaient à créer un phénomène planétaire, bien avant l'avènement de TikTok et des formats courts algorithmiques. Son passage réussi dans l'univers des NFT en a également fait un cas d'école souvent cité pour illustrer comment les créateurs de mèmes historiques ont pu, une décennie plus tard, tirer une reconnaissance — et parfois un revenu — de leurs créations devenues gratuites et omniprésentes.

