il y a 2 heures (modifié il y a 2 heures)
3 septembre 2017 : le jour où Zidane a lâché « c'est les émotions » en pleurant sur TF1
guillaume
D'où vient le mème « Zidane c'est les émotions » ? Cette question revient à chaque fois qu'un extrait ressurgit sur TikTok ou X : on y voit Zinédine Zidane, la gorge nouée, répéter que c'est les émotions, purement les émotions. Le clip a l'air de sortir d'une story vieille de trois semaines. En réalité, il date de 2017, et il vient d'un plateau que personne n'associe spontanément à ZZ : Téléfoot.
Un homme de pierre qui craque sur un plateau TF1
Le 3 septembre 2017, Téléfoot fête ses 40 ans. Pour l'occasion, la chaîne consacre une émission spéciale à Zinédine Zidane, alors entraîneur du Real Madrid en pleine razzia de trophées. Face à Christian Jeanpierre, l'ancien numéro 10 des Bleus accepte de se livrer « à cœur ouvert », comme le titre le documentaire diffusé ce jour-là.
Le piège est classique et redoutablement efficace : on lui fait visionner un montage retraçant sa carrière, ses buts, ses titres, puis un message enregistré par ses proches. Quand vient le témoignage de son père, la voix de Zidane se brise. Il tente de reprendre contenance, hésite, et finit par lâcher la phrase qui deviendra virale des années plus tard : « c'est... c'est les émotions ». Rien de plus, rien de moins. Pas une punchline construite, juste un homme public réputé impassible qui n'arrive plus à cacher qu'il est ému.
C'est cette dissonance qui fait tout l'intérêt du clip aux yeux d'Internet : Zidane, l'image même du sang-froid sur un terrain, réduit à bafouiller trois mots devant une caméra de télé sportive.
Comment un extrait de 2017 devient un réflexe TikTok en 2021
Le documentaire passe relativement inaperçu à sa sortie, hors des cercles de fans du Real Madrid. C'est plusieurs années plus tard que la séquence ressort, recadrée en format vertical, débarrassée de son contexte d'origine. Les comptes de répertoires de mèmes commencent à la remettre en circulation autour de 2021 : on la retrouve alors utilisée non plus pour parler de Zidane lui-même, mais comme réaction toute faite à n'importe quelle situation jugée trop touchante, trop belle ou, au contraire, comiquement dramatisée.
Le ressort est toujours le même : quelqu'un poste une story attendrissante, un ami répond avec l'extrait de Zidane en larmes, sous-titré ou non. Le mème fonctionne autant au premier degré, pour souligner une vraie émotion, qu'au second, pour se moquer gentiment de quelqu'un qui en fait trop. Cette ambiguïté explique pourquoi il n'a jamais vraiment quitté les réseaux depuis : il s'adapte à peu près à tout ce qui ressemble, de près ou de loin, à un pincement au cœur.
Une place à part dans la galerie des mèmes du foot français
Le terrain des mèmes issus du football français ne manque pourtant pas de concurrents. Il y a la consternation muette de Thierry Henry, utilisée pour tout commentaire qui laisse sans voix, ou le sourire goguenard qui accompagne le « Moi je pense pas » de Kylian Mbappé face à un journaliste un peu trop sûr de lui. Il y a aussi l'énergie pure des grimaces de Mohammed Henni, devenues un classique du supporter furieux.
Zidane occupe un registre à part dans cette famille : contrairement à ces réactions à chaud, capturées sur le vif d'un match ou d'une interview d'après-rencontre, la sienne vient d'un format long, pensé, presque cérémonial. C'est un mème de vulnérabilité assumée plutôt que de spontanéité comique, plus proche par exemple de ce qu'on retrouve dans l'article consacré à « Moi je pense pas » de Mbappé, où l'on montre comment une simple phrase de vestiaire peut devenir un réflexe collectif sur les réseaux, ou de celui sur le regard consterné de Thierry Henry, où une expression de visage suffit à raconter toute une émotion sans un mot.
Un mème que l'actualité continue de nourrir
Le retour de Zidane sur le devant de la scène en 2026, cette fois comme sélectionneur de l'équipe de France, a remis son nom au centre des conversations sportives et, par ricochet, relancé la circulation du clip. Chaque nouvelle conférence de presse, chaque moment un peu solennel autour de lui, ramène immanquablement quelqu'un à ressortir l'extrait de 2017 en commentaire, souvent accompagné d'un simple « on le sent venir ».
Ce qui frappe, presque dix ans après l'enregistrement original, c'est la stabilité du mème : il n'a pas connu de grande vague de détournements graphiques ni de remix musicaux, contrairement à d'autres classiques du genre. Il continue d'être utilisé quasiment tel quel, comme une citation qu'on ressort au bon moment plutôt que comme une matière à retravailler. C'est peut-être ce qui explique sa longévité : « c'est les émotions » n'a pas besoin d'être modifié pour rester efficace, la phrase suffit à elle seule à décrire ce moment universel où on ne trouve plus ses mots.



