D'où vient « il est un peu trop tôt pour faire un choix », la punchline de Marc que même Macron a reçue en pleine figure ?

« Je pense qu'il est un peu trop tôt pour faire un choix... mais mon choix est fait. » Depuis 2020, cette phrase absurde ressort à chaque fois que quelqu'un tergiverse en ligne avant d'annoncer une décision qu'il a en réalité déjà prise. Beaucoup la reprennent sans savoir qu'elle vient d'un faux prétendant de télé-réalité incapable d'assumer ses propres sentiments : Marc, le héros de la série Canal+ La Flamme.

Un bachelor qui refuse d'assumer

La Flamme est une série française en neuf épisodes d'une trentaine de minutes, diffusée sur Canal+ entre le 12 et le 26 octobre 2020. Créée par Jonathan Cohen, Jérémie Galan et Florent Bernard, elle adapte la série américaine Burning Love et parodie les émissions de rencontre façon The Bachelor : un « célibataire » entouré de prétendantes toutes plus caricaturales les unes que les autres, au fil d'un tournage qui multiplie les épreuves absurdes et les larmes de crocodile.

Jonathan Cohen y incarne Marc, le fameux célibataire censé trouver l'amour de sa vie. Selon plusieurs récits de la genèse du projet, l'acteur ne voulait pas au départ endosser ce rôle : c'est Canal+ qui a insisté pour qu'il joue lui-même ce personnage falot, obsédé par son image et infoutu de dire ce qu'il pense vraiment. Ce décalage entre le vide sidéral du discours de Marc et le sérieux avec lequel l'émission-dans-la-série le filme est le moteur comique de toute la saison — et le terreau parfait pour un mème.

La phrase qui tue le game à chaque cérémonie de roses

À chaque élimination, Marc doit renvoyer une candidate. Et à chaque fois, il sert la même pirouette rhétorique, verbatim ou presque : « je pense qu'il est un peu trop tôt pour faire un choix, mais mon choix est fait ». La phrase ne veut strictement rien dire — on ne peut pas être « trop tôt » pour un choix déjà arrêté — et c'est exactement pour ça qu'elle fonctionne : elle résume en une ligne le mélange de lâcheté et de jargon de coaching amoureux que la série épingle chez son personnage.

Le running gag ne s'arrête pas à cette seule réplique : Marc multiplie les tics de langage tout au long de la saison, comme lorsqu'il s'exclame « j'adore la compétition » face à une candidate médusée, autre punchline devenue culte auprès des fans de la série. Mais c'est la phrase du « choix déjà fait mais pas encore fait » qui a le mieux voyagé hors de l'écran, au point de figurer dans plusieurs classements des meilleures répliques de La Flamme.

Du extrait Canal+ au compte Twitter fantôme

La citation a pris une seconde vie sur les réseaux bien après la diffusion de la série. Un compte Twitter/X parodique, @MarcdeLaFlamme, continue depuis des années à tweeter dans la peau du personnage, en recyclant sans cesse la même punchline pour commenter l'actualité : on retrouve des variantes datées de mars 2021, avril 2022 ou encore juillet 2024, toutes bâties sur le même schéma — « ma décision est prise, mais il est encore un peu trop tôt pour faire un choix ».

Canal+ lui-même a surfé sur la blague en interne : la chaîne a réutilisé la phrase de Marc sur son compte TikTok officiel pour teaser, sur le ton de l'autodérision, une opération commerciale autour d'un smartphone pliable Samsung — preuve que la punchline avait dépassé le cercle des fans de la série pour devenir un format que la chaîne elle-même pouvait citer sans légender. Des GIFs de la scène circulent également depuis des années sur les plateformes de partage, signe supplémentaire qu'elle a été adoptée comme réaction toute faite pour n'importe quelle situation d'indécision feinte.

L'univers de Marc a d'ailleurs eu droit à une suite directe : Le Flambeau : les aventuriers de Chupacabra, annoncé fin août 2021 et diffusé à partir de mai 2022, qui transpose le personnage dans une parodie de Koh-Lanta. X-Memes a déjà raconté comment une autre scène de cette suite, les larmes de Marc, était devenue un mème à part entière — la vraie survie du feu, chez Marc, version Koh-Lanta, fait d'ailleurs écho au sabotage le plus mème de la vraie émission.

Même Macron n'y a pas coupé

Le signe le plus clair que la phrase de Marc a quitté le monde de la fiction, c'est son usage en dehors de tout contexte télé-réalité. En mars 2021, le compte @MarcdeLaFlamme a directement interpellé Emmanuel Macron sur Twitter avec la formule, au moment où le pays attendait des annonces sur la gestion de la crise sanitaire — une manière de moquer, via le personnage, l'art très politique de repousser une décision tout en donnant l'impression qu'elle est déjà prise. Ce n'est pas un hasard si le président français a lui-même inspiré, deux ans plus tard, son propre mème d'hésitation chronique avec son fameux « oui, peut-être » sur la réforme des retraites : la punchline de Marc et celle de Macron partagent le même ressort comique, celui du dirigeant (ou du prétendant) qui parle beaucoup pour ne rien dire de définitif.

Le format a aussi essaimé du côté d'autres émissions de télé-réalité française, où l'expression « c'est mon choix » sert régulièrement de private joke, comme le montre cette autre scène culte où un participant valide une décision aussi absurde qu'assumée.

Toujours vivante en 2026

Six ans après la diffusion de La Flamme, la phrase de Marc n'a rien perdu de sa capacité à décrire une situation universelle : celle du patron qui a déjà choisi son candidat avant l'entretien, de l'ami qui a déjà pris sa décision avant de « demander conseil », ou du responsable politique qui annonce vouloir « prendre le temps de la réflexion » sur un sujet déjà tranché en coulisses. C'est cette portée générique, couplée à l'absurdité assumée de la formulation originale, qui explique pourquoi la punchline de Marc continue d'être citée bien après la fin de la série qui l'a vue naître.

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