il y a 1 jour (modifié il y a 1 jour)
100 000 retweets pour un yaourt : la vraie histoire de « Encore ça fait beaucoup là non ? » de Mister V
guillaume
Tape « d'où vient le mème ça fait beaucoup là non » dans un moteur de recherche et tu tombes presque toujours sur la même scène : un jeune homme en survêtement, en train de couper du pain, qui perd un bras, puis l'autre, avant de lâcher, dépité, la réplique devenue réflexe : « Encore ? Ça fait beaucoup là non ? ». Ce que beaucoup ignorent, c'est que cette scène n'est pas née d'une envie de faire de la pub. Elle est née d'un pari lancé sur Twitter, que personne ne pensait voir se réaliser en une soirée.
Un sketch oublié, ressorti par hasard
Bien avant de devenir un mème publicitaire, la scène du pain existe déjà sous forme de sketch sur la chaîne YouTube de Mister V, dans sa série parodique « Tellement Intime », qui tourne en dérision les codes des émissions de télé-réalité façon « Tellement Vrai ». Le principe : des situations absurdes filmées caméra à l'épaule, avec des punchlines qui claquent. La séquence du pain, où le personnage se désintègre littéralement en pleine préparation d'un sandwich, en fait partie depuis plusieurs années sans faire particulièrement de bruit.
Le 10 octobre 2018, la vidéo ressurgit sur les réseaux sociaux et attire l'attention du community manager de la marque Les Produits Laitiers, qui gère depuis un moment un compte Twitter connu pour son ton potache. L'idée germe vite : et si cette réplique devenait une pub ?
Le pari à 100 000 retweets
La marque tweete alors un défi très simple : si le message atteint 100 000 retweets, Mister V prêtera sa voix à la prochaine publicité télé de la marque. Le genre de pari qu'on lance en sachant qu'il a de bonnes chances de ne jamais aboutir. Sauf que le compteur s'affole : la barre des 100 000 retweets tombe en une quinzaine d'heures à peine, portée par les fans de l'humoriste et par la viralité de la vidéo originale, encore fraîche dans les esprits.
Les Produits Laitiers tiennent parole. Mister V enregistre sa voix, la scène du pain aux bras qui tombent devient le cœur du spot, et la réplique « Encore ? Ça fait beaucoup là non ? » quitte définitivement le cadre du sketch YouTube pour s'installer dans le paysage publicitaire français. Sur la plateforme, on retrouve d'ailleurs la scène telle qu'elle a circulé, avec son sourire gêné et sa fausse évidence comique : Encore ça fait beaucoup là non ? - Mister V.
Pourquoi la phrase a pris toute seule
Ce qui a transformé une pub de yaourts en mème durable, c'est la polyvalence de la réplique. « Ça fait beaucoup là non ? » fonctionne pour absolument tout : une série de mauvaises nouvelles, une accumulation de tâches, un chat qui enchaîne les bêtises, un mois de factures. Contrairement à d'autres punchlines qui restent liées à leur contexte d'origine, celle-ci s'exporte sans effort, un peu comme le « Concentre-toi ! » lancé par le streameur Sardoche a fini par désigner n'importe quelle situation qui appelle au calme : un mot capté dans un instant précis, recyclé en commentaire universel.
Sur Twitter puis sur TikTok, la scène est découpée, recadrée en format vertical, sous-titrée dans toutes les langues de niche d'Internet. Des années plus tard, on la retrouve encore comme modèle prêt à l'emploi sur des sites de templates, preuve qu'une réplique bien née n'a pas vraiment de date de péremption.
Mister V, un générateur de mèmes à lui tout seul
Le cas du pain n'est pas isolé. Mister V cumule les scènes devenues réflexes comiques sur les réseaux : le sourire figé de Mister V attend assis, la question désarmante de Tu es qui ? - Mister V, ou encore le détournement politique de Macron en Mister V, qui montre à quel point ses gimmicks ont fini par déborder de son propre univers pour habiller n'importe quel sujet, people ou politique. Peu de créateurs français ont autant nourri le stock de réactions tout-terrain d'Internet à partir de sketchs conçus, à l'origine, pour faire rire sa propre communauté.
Ce qu'il en reste en 2026
Aujourd'hui, la réplique a largement dépassé son statut de coup de pub réussi. Elle appartient au même répertoire que les autres punchlines françaises qui servent de ponctuation comique sur les réseaux : on la ressort en légende, en réponse à un tweet qui s'éternise, ou en commentaire sous une story qui enchaîne les catastrophes du quotidien. Le pari Twitter de 2018 reste un cas d'école souvent cité par les community managers français comme l'un des rares défis viraux réellement tenus jusqu'au bout, et l'un des seuls à avoir aussi bien vieilli que le sketch qui lui a donné naissance.





