Un jeune homme, un casque vissé sur les oreilles, les yeux dans le vague, les larmes qui montent : voilà le visage qu'on poste dès qu'un pote hurle sur sa partie classée. C'est le mème Tryhardeur, et il tient autant à son image qu'à un mot qui a traversé tout le jeu vidéo.

« Tryhardeur »

Précision d'entrée : l'auteur et la date de la photo d'origine restent introuvables dans les sources que nous avons pu consulter. Cet article raconte donc ce qui est solide, c'est-à-dire l'histoire du mot et de son usage, et reste prudent sur l'image elle-même.

Un mot importé de l'anglais, né dans les jeux compétitifs

« Tryhard » vient de l'anglais to try hard, « essayer dur ». Le glossaire grand public le décrit comme le terme pour celui qui s'investit à fond, parfois jusqu'à l'excès. Les sites spécialisés le rattachent au monde du jeu vidéo compétitif : joueur qui donne tout pour gagner, même quand l'enjeu est minime.

Le mot circule en français depuis un bon moment : un sujet du forum jeuxvideo.com intitulé « Ça veut dire quoi "tryhard" ? », sur la section League of Legends, est daté du 7 janvier 2012. Il prouve au moins que le terme intriguait déjà les joueurs francophones à l'époque, et qu'on avait besoin qu'on le leur explique.

Côté anglophone, le magazine Inverse a consacré un article à l'argument « le plus clivant du gaming » à l'occasion de Fall Guys. Le débat est toujours le même : faut-il jouer pour s'amuser, ou pour gagner ? Le tryhard est celui qui a choisi son camp, et ses adversaires lui reprochent de prendre un jeu trop au sérieux.

De l'insulte au portrait : la naissance du « tryhardeur »

En français, le suffixe fait le travail : on ajoute « -eur » et le mot devient un personnage. Le tryhardeur n'est plus une qualité, c'est un type humain : celui qui règle sa sensibilité de souris au millimètre, coupe son micro pour se concentrer et prend la défaite comme une injure personnelle.

Le mème en image colle exactement à ce portrait. La fiche du mème sur X-Memes décrit un jeune homme en larmes, casque audio sur la tête, et le range sous les mots-clés « frustration » et « joueur ». L'émotion est la bonne : on ne se moque pas du talent du tryhardeur, mais de l'écart entre l'enjeu réel (une partie) et ce qu'il ressent (une tragédie).

Un mot qui est sorti du jeu

Les streamers et les plateformes comme Twitch ou YouTube ont fait voyager le mot. Il a fini par quitter les serveurs de jeu pour entrer dans le langage courant des ados, au point que des sites destinés aux parents publient désormais leur « dico » avec « tryhard » en bonne place. On peut être tryhard en cours, en sport, en soirée, ou dans sa façon de s'habiller.

C'est ce qui rend le mème si pratique : il se pose sous n'importe quel texte où quelqu'un en fait trop.

La famille des gamers en colère

Le tryhardeur ne vit pas seul. Il a des cousins illustres dans la culture gaming francophone, à commencer par le streamer dont le « Concentre-toi » a fini sur une vache qui rit : l'histoire est racontée dans notre article sur la Vache qui rit et Sardoche. Son cri de rage le plus connu a lui aussi son dossier : « Mais c'était sûr en fait, c'était sûr ! ». Même énergie, même spectateurs qui rient d'une colère qui n'est pas la leur.

Sur la plateforme, la version vidéo de cette frustration se trouve dans Sardoche « J'en ai trop marre ils sont trop cons », et le terrain de jeu mélancolique du gamer solitaire dans Dark Souls. Quant à la frustration au sens large, elle a son propre véhicule, raconté dans l'article sur le train du seum.

Où en est le mème aujourd'hui ?

Le mot est entré dans l'usage et n'en sortira pas : tant qu'il y aura un classement, il y aura quelqu'un pour prendre une défaite trop à cœur, et quelqu'un d'autre pour poster l'image. Le mème est un classique tranquille, sans pic viral daté, qui sert de réponse prête à l'emploi.

Reste la question que personne n'a tranchée : qui est le garçon de la photo, et d'où vient-elle ? Si vous avez la source, c'est exactement le genre de détail qui manque à tout le monde.

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