«Okay, let's go !» : qui est ce fan de manèges qui a explosé sur tout TikTok en 2023 ?

D'où vient le mème « Okay, let's go » que tout le monde recycle sur TikTok pour annoncer, avec un enthousiasme complètement disproportionné, le début de n'importe quoi — un footing, un régime, une soirée ratée ? La réponse tient en un ado hollandais, un manège appelé Turbo Polyp, et une chaîne de télé qui filmait des passionnés depuis quinze ans sans se douter qu'elle venait de tourner l'une des vidéos les plus recyclées d'Internet.

Un programme sur les passionnés de fête foraine

Tout part d'un programme de la télévision néerlandaise, Man Bijt Hond (littéralement « un homme mord un chien », l'expression hollandaise pour désigner une info insolite), diffusé sur la chaîne publique NCRV. Le 20 juin 2009, l'émission consacre un reportage à Maikel van Hoof, un adulte fan absolu des manèges de fête foraine, et en particulier du Turbo Polyp, une attraction tournante classique des kermesses néerlandaises et belges.

Le segment aurait pu rester une simple curiosité locale. Mais cinq ans plus tard, en 2014, Man Bijt Hond revient sur le sujet et fait se rencontrer Maikel avec l'un de ses jeunes fans, l'adolescent Joury Raaphorst. Micro en main devant l'attraction, survolté, celui-ci lance la phrase qui va tout déclencher : « Okay, let's go! », suivie d'une présentation du manège avec un enthousiasme si total qu'il en devient hypnotique.

De YouTube 2014 au raz-de-marée TikTok de 2023

L'extrait atterrit sur YouTube dès 2014, où il circule surtout dans les cercles néerlandais amateurs de fêtes foraines. Il faut attendre 2020 pour que des comptes d'agrégation de mèmes le ressortent et commencent à le faire tourner plus largement, en dehors des Pays-Bas.

Le vrai basculement a lieu en août 2023 : quelqu'un détoure Joury Raaphorst sur fond vert, ce qui permet de l'incruster dans n'importe quel décor et de lui faire dire « Okay, let's go! » à la suite de n'importe quelle situation. Le format devient alors un gabarit d'édition redoutablement simple — un texte qui pose une situation absurde ou banale, puis le jeune Hollandais qui débarque plein d'énergie pour l'assumer à fond. TikTok en fait des dizaines de milliers de variantes en quelques semaines, bien au-delà du public néerlandophone d'origine.

Ce mécanisme n'est pas sans rappeler celui d'un autre mème de fête foraine, plus francophone celui-là : le malentendu culte autour de « 120 secondes, c'est égal à 1 minute 20 », né lui aussi d'une prise de son improbable sur un stand forain, et qui ne meurt jamais sur les réseaux français. Comme quoi la fête foraine reste un terrain de chasse à mèmes redoutable, en France comme aux Pays-Bas.

Pourquoi ça a aussi pris sur TikTok France

Le mème n'a rien de francophone à l'origine, ce qui aurait pu le cantonner à une niche. Mais son fonctionnement — une légende qui installe un contexte, suivie d'un enchaînement absurde et hyper enthousiaste — colle parfaitement aux codes déjà installés sur le TikTok français, où des dizaines de gabarits similaires tournent en boucle pour tourner en dérision le décalage entre l'ambition affichée et la réalité qui suit.

Les comptes de repost et de « minute culture » français (MinuteBuzz notamment) ont fini par raconter l'histoire complète de la vidéo aux internautes qui la recyclaient sans connaître son origine — signe que le mème avait largement dépassé le stade du simple clip qu'on partage, pour devenir un objet de curiosité en soi. Le principe rejoint celui d'autres gabarits « réaction disproportionnée » bien identifiés sur les internets francophones, comme le fan de jeu vidéo qui s'enflamme dans Tryhardeur, ou le sarcasme sec d'un Cheh balancé après une petite victoire absurde : dans les trois cas, l'écart entre l'énergie déployée et l'enjeu réel fait toute la blague.

Un classique increvable de la réaction TikTok

Plus de dix ans après le tournage original et trois ans après son explosion virale, « Okay, let's go » n'a rien perdu de son utilité comique. Le format continue d'être piqué pour introduire n'importe quel projet raté d'avance, exactement comme d'autres verdicts sans appel du même registre, du style « Il a eu 0/20 », qui clôturent un sujet en une seconde. Joury Raaphorst, lui, est resté un anonyme devenu malgré lui le visage universel de l'enthousiasme mal placé — et Maikel van Hoof, le fan originel du Turbo Polyp, garde le mérite d'avoir attiré les caméras sur ce petit manège de kermesse néerlandais qui a fini par tourner dans le monde entier.

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