il y a 14 heures (modifié il y a 14 heures)
« Mais oui, c'est clair ! » : d'où vient le mème du « premier savant du Congo » Eddy Malou ?
guillaume
« Mais oui, c'est clair ! » : d'où vient le mème du « premier savant du Congo » Eddy Malou ?
D'où vient « mais oui, c'est clair », cette réplique qui ressort dès qu'un discours part en vrille sur Internet ? Elle vient d'un micro-trottoir tourné à Kinshasa en 2013, dans lequel un homme interrogé sur les rollers a préféré parler de « congolexicomatisation ». Plus de dix ans après, Eddy Malou reste l'un des visages les plus recyclés du web francophone — et l'histoire derrière la vidéo mérite d'être racontée correctement.
Un micro-trottoir sur les rollers qui part complètement en vrille
En 2013, une équipe de rue tourne à Kinshasa un reportage léger sur l'engouement pour les patins à roulettes. Le principe est classique du micro-trottoir : tendre le micro à des passants et recueillir des réactions courtes. Sauf qu'un des interviewés, Eddy Malou, ne répond pas à la question posée. Il enchaîne un monologue fleuve, débité avec l'aplomb d'un conférencier, mêlant vocabulaire scientifique détourné et mots qui n'existent dans aucun dictionnaire. Le journaliste, visiblement dépassé, tente de le ramener au sujet initial en lui demandant s'ils parlent bien de rollers. La réponse fuse, imperturbable : « Mais oui, c'est clair ! » — avant qu'Eddy Malou n'enchaîne aussitôt sur un tout autre sujet.
La congolexicomatisation, une discipline inventée en direct
Ce qui fait basculer l'extrait dans la postérité, c'est le vocabulaire qu'invente Eddy Malou en le prononçant. Il se présente comme le « premier savant du Congo » et théorise, sans jamais sourire, un concept baptisé « congolexicomatisation ». Le mot ne renvoie à rien de vérifiable, mais il est prononcé avec un sérieux absolu, syllabe après syllabe, ce qui décuple l'effet comique pour qui découvre l'extrait. La vidéo circule d'abord sous des titres comme « Fou rire dans les rues de Kinshasa », partagée sur les forums et les premières pages Facebook consacrées à l'humour congolais, avant de traverser les frontières du continent.
Comment la vidéo a conquis le web francophone
C'est là que le mème prend une ampleur qui dépasse largement son pays d'origine. Des compilations reprennent l'extrait sur YouTube, des youtubeurs français le commentent et le remontent, et la formule « mais oui, c'est clair » devient une réponse toute faite pour clore n'importe quel raisonnement absurde dans une conversation. Le phénomène s'inscrit dans une tradition bien identifiable du web francophone : celle de l'extrait volé à une interview de rue qui devient, par accumulation de partages, une réplique culte détachée de son contexte. La plateforme a d'ailleurs hébergé un second clip d'Eddy Malou, preuve que l'homme a fourni plusieurs extraits mémables et pas un seul coup d'éclat isolé. Le mécanisme n'est pas isolé non plus : des internautes se demandent régulièrement ya vraiment des gens qui lui ont demandé face à ce genre de prise de parole non sollicitée mais devenue culte, un principe qu'on retrouve aussi dans des mèmes comme t'as vu la bête de phrase ?, où une réplique isolée suffit à faire le tour du web pour sa seule musicalité.
Le succès d'Eddy Malou tient aussi à sa structure : une question simple, une réponse totalement hors sujet mais assénée avec l'autorité d'un expert. Ce contraste entre le sérieux du ton et l'absurdité du contenu est devenu un ressort comique récurrent du web francophone, qu'on retrouve dans d'autres extraits de rue où quelqu'un mais ça va pas ou quoi ? s'improvise commentateur d'un sujet qu'il n'a pas compris.
Le retour de flamme : qui est vraiment Eddy Malou ?
Pendant plusieurs années, Eddy Malou reste un pur objet de moquerie en ligne, un nom qu'on ressort pour se moquer d'un discours confus. Mais le récit se complique avec le temps. Des médias, dont la radiotélévision belge RTBF, sont revenus sur son histoire en le présentant sous un jour plus nuancé : derrière le « premier savant du Congo » se trouve un homme neuroatypique, dont le mode de discours a été filmé sans son consentement éclairé puis diffusé à une échelle qu'il ne maîtrisait pas. Cette relecture n'efface pas la popularité du mème, mais elle a changé la manière dont une partie du public en parle aujourd'hui — avec davantage de recul sur ce que signifie devenir viral malgré soi. Une communauté de soutien s'est même formée autour de lui au fil des années, signe que l'histoire ne s'arrête pas à la blague.
Le mème aujourd'hui
« Mais oui, c'est clair » et « congolexicomatisation » continuent de resurgir régulièrement, remontés en compilations ou glissés en commentaire sous une prise de parole jugée trop confiante pour son propre contenu. Le mème appartient à cette catégorie de répliques venues d'Afrique francophone qui ont conquis l'ensemble de l'espace numérique en français, au même titre que d'autres accents et expressions se sont imposés dans la culture internet francophone — un phénomène qu'on retrouve aussi du côté de la scène du streaming, où des internautes s'enflamment pour l'accent français sur les plateaux internationaux. Plus de dix ans après le tournage à Kinshasa, la formule reste l'une des réponses les plus utilisées du web francophone pour clore, d'un ton faussement assuré, n'importe quel argument bancal.







