D'où vient « Je pense que cette anecdote est fausse », la punchline de Carlito qui a piégé Macron sur Trump ?
C'est la formule qu'on ressort dès qu'un pote raconte une histoire un peu trop belle pour être vraie : « je pense que cette anecdote est fausse ». Beaucoup l'utilisent sans savoir qu'elle vient d'un moment très précis, filmé à l'Élysée, où Emmanuel Macron s'est fait démasquer en direct par un youtubeur en train de lui parler de Donald Trump.
Un pari lancé en pleine crise sanitaire
Tout part d'un défi. Au printemps 2021, en pleine crise du Covid, Emmanuel Macron met les youtubeurs McFly et Carlito au défi : s'ils atteignent 10 millions de vues sur une vidéo faisant la promotion des gestes barrières, il les invite à tourner à l'Élysée et accepte de jouer avec eux à un « concours d'anecdotes ». Le duo relève le pari en un temps record, et le président tient parole.
La vidéo du concours, tournée dans les jardins du palais présidentiel, est mise en ligne le 23 mai 2021. Elle dure plus de trente minutes, mêle discours sur le foot, appel à Kylian Mbappé et concert de metal improvisé, et cumule plusieurs millions de vues en quelques heures. Le principe du jeu est simple : chaque camp raconte une histoire, personnelle ou professionnelle, et l'autre doit deviner si elle est vraie ou inventée.
Trump, une ligne sécurisée et un anniversaire à deux jours près
Parmi les histoires racontées par le chef de l'État, une anecdote concerne Donald Trump. Macron affirme que le président américain l'a appelé sur une ligne sécurisée en 2018 pour lui souhaiter son anniversaire — sauf que sa date de naissance officielle est le 21 décembre, et que l'appel serait arrivé deux jours trop tôt. Face à l'histoire, Carlito ne se laisse pas avoir et déclare que l'anecdote est inventée. Il a raison : Macron finit par admettre le bluff.
C'est cet instant, capturé en image fixe, qui donne naissance au mème : l'expression du président en train de raconter son histoire, associée au commentaire qui la démonte aussitôt. Le concours se solde d'ailleurs sur un score nul de 4 partout, chaque camp devant s'acquitter d'un gage — celui de Macron consistera à faire apparaître les deux compères sur une photo prise lors d'un de ses discours.
Une capture devenue réponse universelle
Ce qui aurait pu rester une simple image de plus tirée d'une vidéo présidentielle va prendre une seconde vie sur Twitter. Dès les jours suivant la diffusion, la formule « je pense que cette anecdote est fausse » commence à circuler, détachée de tout contexte politique, comme réponse toute faite sous n'importe quel tweet racontant une histoire jugée trop improbable, trop parfaite ou clairement inventée pour faire son effet.
Le mème continue d'être ressorti des années plus tard, en 2022 puis en 2024, preuve qu'il a largement dépassé son origine élyséenne pour devenir un réflexe de riposte générique — un peu à la manière du « oui, peut-être » qu'on utilise pour botter en touche sur une question gênante, ou du détournement de Macron version Mister V qui tourne sur les mêmes réseaux. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois qu'une sortie du président se retrouve recyclée en formule passe-partout : sa punchline lâchée à Davos, « too slow, to be reformed, for sure », a connu le même sort et a fini par avoir son propre article sur x-memes.
Pourquoi celle-ci a pris
Ce qui a permis à la phrase de voyager, c'est qu'elle ne demande aucune connaissance du contexte d'origine pour fonctionner. Contrairement à d'autres mèmes politiques qui nécessitent de connaître le personnage ou l'émission, celui-ci se contente d'un texte universel et cynique, collable sous n'importe quel post. Le fait que la cible initiale soit un président de la République en train de se faire prendre en flagrant délit d'exagération a aussi beaucoup joué : le contraste entre la solennité du décor (l'Élysée, un chef d'État) et la trivialité du mensonge (un coup de fil raté pour un anniversaire) donne à l'image son efficacité comique.
Statut actuel
Aujourd'hui, la formule fait partie du vocabulaire courant des réseaux sociaux français, au même titre que d'autres réponses toutes faites nées d'un moment précis mais devenues des outils de conversation à part entière. Beaucoup de ceux qui l'emploient n'ont jamais vu la vidéo originale ni ne savent qu'elle vient d'un concours d'anecdotes filmé dans les jardins de l'Élysée — signe, précisément, qu'un mème a réussi sa mue : il a quitté son événement fondateur pour devenir un simple outil de langage.






