Il y a des mèmes qui naissent d'une phrase lâchée en direct, et d'autres d'une imitation si juste que l'original devient, pour une partie du public, indissociable de sa caricature. Avec « Patrick Traud », on est dans le second cas : un personnage inventé, calqué sur un animateur bien réel.

« L'heure de trop »

C'est le nom sous lequel le comédien Malik Bentalha a rebaptisé, dans une parodie, l'émission « L'heure des pros » de CNews. Le présentateur de l'original est Pascal Praud ; celui de la parodie s'appelle Patrick Traud. Le clip de Praud que la plateforme héberge, à retrouver sur la fiche Pascal Praud, est l'un des extraits qui alimentent ce type de détournement.

Une parodie publiée un jeudi de novembre 2023

D'après la presse spécialisée télé (Ozap, DH.be), la vidéo de Malik Bentalha a été diffusée sur les réseaux sociaux le jeudi 23 novembre 2023. Elle reprend le format de « L'heure des pros » : un plateau, un animateur au ton affirmé, des chroniqueurs qui se coupent la parole, et une chaîne « TNews » présentée comme la copie conforme de CNews.

Ce qui a fait parler, c'est la vitesse de propagation : selon ces mêmes articles, la vidéo avait dépassé 7 millions de vues en moins de 24 heures. Pour un sketch de quelques minutes qui n'est pas passé par une chaîne de télévision, c'est un score qui explique pourquoi le nom « Patrick Traud » a immédiatement circulé sous forme de citation, de capture d'écran et de montage.

Le ressort comique est classique : la parodie fonctionne parce que le spectateur reconnaît le dispositif sans avoir besoin qu'on le lui explique. Le décor, le rythme, la façon d'interpeller un invité — tout est là, légèrement forcé, et c'est ce léger excès qui transforme un style télévisuel en matériau à mème.

Ce que Pascal Praud en a dit

L'intéressé a réagi publiquement. DH.be rapporte sa phrase :

« On me fait passer pour un réac alors que je suis plutôt anar »

Il a aussi expliqué regretter la surinstrumentalisation du sketch sur les réseaux sociaux, selon les articles consultés. Sa réponse a elle-même nourri la conversation : une parodie qui provoque une réaction de la personne parodiée prolonge presque toujours sa durée de vie, parce qu'elle donne une seconde occasion de la partager.

Pourquoi « Patrick Traud » a pris

Plusieurs raisons plausibles, sans qu'aucune source ne les ait mesurées :

  • le nom, qui garde presque toutes les lettres de l'original et se retient aussitôt ;
  • un format télévisé très identifiable, donc très facile à reconnaître ;
  • une chaîne d'info en continu dont les extraits circulent déjà beaucoup hors antenne.

Ce dernier point est important : les extraits de CNews sont, depuis des années, un réservoir de mèmes. Les répliques de plateau se découpent facilement en vidéos de quelques secondes, ce qui les rend parfaites pour TikTok ou X. On l'a vu avec le tic de langage d'Éric Zemmour, dont Oh, comme c'est bizarre est devenu une réplique à part entière, ce que raconte notre article sur le sujet.

Un mème de plateau, pas seulement un mème de personne

Il faut distinguer deux choses. D'un côté, les extraits « authentiques » : un invité qui s'agace, un débat qui dérape, comme dans Journaliste CNews. De l'autre, les détournements assumés, où un humoriste rejoue le même ton pour en faire une critique ou un simple jeu. « Patrick Traud » appartient à la deuxième famille, mais il vit en symbiose avec la première : chaque nouveau clip de plateau relance l'envie de le comparer à la parodie.

Le même phénomène existe pour d'autres figures de la télévision française, dont les imitations finissent par prendre le pas sur le souvenir de l'original. C'est un mécanisme ancien, qui précède les réseaux sociaux ; ce qui change, c'est la vitesse. Quelques heures suffisent désormais pour qu'un sketch devienne un vocabulaire partagé.

Où en est le mème aujourd'hui ?

Nous n'avons pas trouvé de mesure fiable de sa fréquence d'usage actuelle, et nous préférons ne pas inventer de chiffre. Ce que l'on peut dire avec prudence : le nom « Patrick Traud » reste une référence immédiate pour désigner, sur le ton de la moquerie, un animateur de débat jugé trop sûr de lui, et l'extrait de Praud reste réutilisable à ce titre.

À lire aussi sur le même terrain : l'article sur Oh, comme c'est bizarre, qui raconte comment une formule de plateau peut échapper à celui qui la prononce, et celui sur Emmanuel Macron et « Oui, peut-être », autre tic d'interview devenu bande-son de TikTok.

Pour retenir l'essentiel : Malik Bentalha, 23 novembre 2023, plus de 7 millions de vues en moins de 24 h. Le reste est affaire de goût — et de plateau télé.

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