il y a 2 heures (modifié il y a 2 heures)
Mohamed Henni : comment les grimaces d'un fan furieux de l'OM sont devenues un mème national
guillaume
Il y a des visages qui, à eux seuls, racontent une défaite avant même qu'on ait vu le score. Celui de Mohamed Henni fait partie de ceux-là. Entre stupéfaction, rage contenue et désespoir comique, ses réactions face aux matchs de l'Olympique de Marseille sont devenues, au fil des années, un langage à part entière sur les réseaux sociaux français — au point que ses mimiques sont aujourd'hui reprises, imitées et détournées bien au-delà du monde du football.
Origines
Mohamed Henni est un YouTubeur et streamer franco-algérien né le 15 mai 1989, connu avant tout comme un supporter inconditionnel — et viscéral — de l'OM. Sa notoriété sur Internet commence dès octobre 2012, lorsqu'il publie sur Facebook une vidéo où il brûle un maillot du Paris Saint-Germain en pleine forêt après un match nul 2-2 entre les deux clubs rivaux. Le ton est donné : chez lui, chaque résultat de l'OM déclenche une réaction disproportionnée, filmée et mise en scène avec un sens certain du spectacle.
Il ouvre sa chaîne YouTube en janvier 2016, où il commente les matchs marseillais avec des punchlines et des critiques très imagées des joueurs. Mais ce qui le distingue vraiment, ce sont ses colères mises en scène après les défaites : il détruit des téléviseurs à l'écran, en prenant soin, dit-il, de toujours acheter lui-même l'appareil qu'il s'apprête à briser. Cette théâtralisation de la défaite, entre autodérision assumée et vraie déception de supporter, forge rapidement son personnage.
Propagation
C'est cependant son visage, plus que ses téléviseurs cassés, qui va progressivement se transformer en mème. Ses expressions extrêmes — bouche grande ouverte, regard effaré, mine déconfite figée en plein direct — deviennent des images que les internautes s'échangent pour illustrer leur propre stupeur ou déception, dans des contextes qui n'ont souvent plus rien à voir avec le football. En décembre 2018, sa chaîne franchit le cap du million d'abonnés, signe que son personnage a largement dépassé le cercle des seuls supporters marseillais.
Le glissement s'accélère avec l'essor de TikTok : ses réactions, découpées en courts extraits, circulent sous forme de compilations et de vidéos réactions, souvent recontextualisées par d'autres créateurs pour commenter l'actualité, la vie quotidienne ou d'autres sports. Le comique Winamax TV, qui l'invite régulièrement à commenter des matchs de l'OM, contribue aussi à démultiplier son exposition, ses punchlines et grimaces y étant abondamment reprises et partagées.
Variations notables
Signe ultime de la reconnaissance médiatique du personnage : plusieurs footballeurs professionnels ont eux-mêmes repris et imité ses mimiques, dont Antoine Griezmann, Florian Thauvin, Boubacar Kamara et Franck Ribéry — une boucle assez rare où le sportif imite le supporter qui le commentait. Sur les réseaux, ses expressions ont aussi essaimé sous forme de montages où son visage est incrusté sur d'autres corps ou d'autres scènes, ou de vidéos où sa voix accompagne des images totalement étrangères au football.
D'autres séquences, comme celle où il détruit l'écran d'un cinéma dépité de ne pas y voir affiché le film dans lequel il joue lui-même, ou ses vidéos jouant sur l'idée d'être « à deux endroits en même temps », montrent qu'il a lui-même intégré et cultivé sa propre viralité, en produisant du contenu taillé pour être extrait et partagé sous forme de mème.
Aujourd'hui
Mohamed Henni reste une figure incontournable de la culture Internet liée au football français, souvent citée aux côtés d'autres personnalités de la sphère OM comme référence en matière d'expressions faciales virales. Son image continue d'être utilisée comme réaction toute faite pour exprimer la déception, l'incrédulité ou le désespoir comique, bien après la fin des matchs qui l'ont initialement suscitée. Passé du simple commentateur amateur à véritable marque reconnue — il s'est même lancé en 2024 dans la restauration avec l'enseigne Klüb Kebab — il illustre la manière dont une passion sincère et un visage expressif peuvent, sur Internet, se transformer en langage collectif partagé bien au-delà de leur contexte d'origine.

