il y a 3 heures (modifié il y a 3 heures)
Woman Yelling at a Cat : comment une dispute de télé-réalité et un chat perplexe sont devenus un mème planétaire
guillaume
Deux images n'ayant strictement rien à voir l'une avec l'autre, assemblées côte à côte : une femme en pleurs qui pointe du doigt, et un chat blanc à l'air perplexe assis devant une salade. De cette rencontre absurde est né en 2019 l'un des mèmes les plus reproduits de l'histoire d'Internet, « Woman Yelling at a Cat » (la femme qui crie sur le chat).
Origines
Le montage assemble en réalité deux images totalement indépendantes, nées à des années et des continents de distance. La partie gauche provient d'un épisode de la téléréalité américaine The Real Housewives of Beverly Hills, diffusé le 5 décembre 2011 : on y voit Taylor Armstrong, en larmes, pointer du doigt hors champ pendant une dispute, retenue par sa co-star Kyle Richards. La scène, tirée de l'épisode « Malibu Beach Party From Hell », avait déjà connu une petite notoriété après avoir été relayée par le Daily Mail au lendemain de sa diffusion.
La partie droite, elle, vient de Tumblr : le 19 juin 2018, un utilisateur y publie la photo d'un chat blanc d'Ottawa, au Canada, prénommé Smudge, assis à table devant une assiette de légumes, sous la légende « he no like vegetals ». L'air à la fois digne et vaguement offensé du chat lui vaut plusieurs dizaines de milliers de partages en un an, sans pour autant en faire un phénomène majeur.
C'est un utilisateur ou une utilisatrice de Twitter, sous le pseudonyme @MISSINGEGIRL, qui a l'idée de superposer les deux images côte à côte le 1er mai 2019, avec la légende « These photos together is making me lose it » (« ces photos ensemble me rendent dingue »). Le tweet est repris plus de 78 000 fois et cumule plus de 275 000 likes en quelques mois à peine.
Propagation
Le tweet initial installe le format, mais c'est un post Reddit publié le 2 juin 2019 par l'utilisateur u/PerpetualWinter qui fait vraiment décoller le mème. Il détourne l'image pour se moquer des fans de l'équipe de basket des New York Knicks, donnant au duo sa fonction définitive : illustrer une accusation ou une plainte totalement disproportionnée, la femme hurlant incarnant la personne qui s'énerve et le chat perplexe représentant la cible innocente et déconcertée de sa colère.
Le format se diffuse alors à toute vitesse sur Twitter, Reddit, Instagram et Facebook durant l'été 2019, porté par sa simplicité : n'importe quel sujet de dispute, aussi absurde soit-il, peut être placé au-dessus des deux images. Araignées à la maison, débats sur la prononciation d'un mot, disputes de couple par SMS, désaccords sur des jeux vidéo... le mème devient un contenant universel pour la moindre broutille transformée en scène de crise.
Variations notables
Le succès du duo a rapidement dépassé le simple montage à deux cases. Le chat Smudge est devenu une célébrité à part entière, avec un compte Instagram qui a dépassé le million d'abonnés, un site officiel et des produits dérivés (mugs, vêtements). Des costumes d'Halloween reprenant la scène ont vu le jour dès l'automne 2019, au point que Taylor Armstrong elle-même a réagi publiquement sur Twitter à l'un d'eux.
Le mème a aussi débordé du cadre purement humoristique : en septembre 2019, une pancarte reprenant l'image a été brandie lors d'une manifestation au Guatemala contre une entreprise minière. En avril 2020, un joueur de Sims 4 a recréé la scène en modifiant le jeu, publication qui a cumulé plus de 42 000 votes positifs sur Reddit. Des versions ont également circulé mêlant d'autres visages ou d'autres animaux, preuve que la structure du montage — l'accusatrice hystérique face à l'accusé impassible — s'est autonomisée par rapport aux deux images d'origine.
Aujourd'hui
Si sa fréquence d'apparition a nettement diminué depuis le pic de 2019, « Woman Yelling at a Cat » reste l'un des formats de référence pour représenter une dispute disproportionnée, aux côtés d'autres classiques comme Distracted Boyfriend. Il illustre aussi une dynamique typique des mèmes d'Internet : la juxtaposition de deux images extraites de contextes réels, parfois douloureux pour les personnes concernées — la scène originale de télé-réalité s'inscrivait dans un épisode marqué par les tensions personnelles de Taylor Armstrong — recyclées et vidées de leur sens premier pour devenir un simple gabarit comique. Smudge, de son côté, est resté une mascotte affectueuse d'Internet, symbole d'un des montages les plus repris de la décennie 2010.

