C'est quoi le mème Trollface ? Ce sourire jaune et édenté, aux yeux plissés, qu'on colle sur tout ce qui ressemble à une blague vacharde. Et d'où vient le Trollface ? D'un gribouillage fait sur Microsoft Paint par un ado de 18 ans en 2008. Sauf que ce dessin-là a une particularité que les autres mèmes n'ont pas : il appartient légalement à quelqu'un.
Un gribouillage Paint publié sur DeviantArt
Le 19 septembre 2008, Carlos Ramirez, étudiant de 18 ans originaire d'Oakland en Californie, publie sur son compte DeviantArt (pseudo « Whynne ») une petite BD intitulée Trolls. Elle se moque du comportement gratuit et absurde des trolls d'Internet. Le visage grimaçant apparaît dans la dernière case, en réponse à un « Problem? ».
Détail savoureux révélé plus tard par Ramirez : il n'essayait pas de dessiner un troll. Il tentait de représenter le « Rape Rodent », un rongeur récurrent de ses gribouillages perso. Le résultat, simplifié à l'extrême, a largement dépassé son inspiration.
Les rage comics le rendent incontournable
Le dessin ne décolle pas tout de suite. Il faut qu'il soit repris sur 4chan, puis relayé par la communauté des rage comics, pour que ça parte. Les données de recherche montrent une explosion à partir de janvier 2009, plusieurs mois après la publication d'origine.
Le vrai tournant, c'est le subreddit r/f7u12 (« Fuck Yeah, Rage Comics »), dédié aux petites BD amateur dessinées avec des visages stylisés : colère, satisfaction, gêne, et le sourire narquois du troll. Le Trollface devient le visage-signature de tout un genre, copié-collé et redessiné par des milliers d'anonymes.
Il porte même brièvement un autre nom, « Coolface », après un webcomic viral repris sur 4chan et Ebaumsworld. Puis Trollface s'impose définitivement.
Trollface Quest et les déclinaisons
Le visage se décline sans fin. Il s'incruste dans les mèmes de jeux vidéo, notamment les faux niveaux de plateformers bourrés de pièges. On le colle numériquement dans des photos et vidéos réelles pour souligner un coup fourré. Et il se démultiplie en variantes : « Troll dad », version féminine, versions tristes, versions « rekt ».
Le jeu mobile Trollface Quest, sorti en 2013, bâtit tout un succès commercial sur le personnage.
Le mème qui appartient vraiment à quelqu'un
C'est là que le Trollface sort du lot. Là où presque toutes les images virales tombent de fait dans le pot commun d'Internet, Carlos Ramirez a déposé les droits d'auteur de Trolls auprès du U.S. Copyright Office en 2010-2011.
Et il les a défendus. Accords de licence avec la chaîne Hot Topic pour des t-shirts. Jusqu'à 15 000 dollars de revenus mensuels au pic. Plus de 100 000 dollars perçus entre 2011 et 2015, selon ses propres déclarations. En 2015, il fait retirer le jeu Meme Run de l'eShop de la Wii U via une notification DMCA.
Près de vingt ans après, le Trollface reste un pilier de la culture Internet, l'un des premiers mèmes de réaction compris dans n'importe quelle langue. Il continue d'apparaître dans des produits dérivés, des jeux, et jusque dans les cryptomonnaies, où Ramirez a accordé des droits exclusifs pour un projet de token.
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