il y a 4 heures (modifié il y a 4 heures)
Trollface : comment un gribouillage Paint d'un ado de 18 ans est devenu le visage universel du troll
guillaume
Ce sourire jaune, édenté, aux yeux plissés et malicieux, tout le monde l'a croisé au moins une fois : c'est le Trollface, littéralement « la tête du troll ». Né d'un simple gribouillage sur Microsoft Paint, il est devenu en quelques années l'un des visuels les plus reconnaissables de toute l'histoire d'Internet, symbole universel de la moquerie numérique.
Origines
Le Trollface voit le jour le 19 septembre 2008. Son créateur, Carlos Ramirez, un étudiant de 18 ans originaire d'Oakland en Californie, publie sur son compte DeviantArt (sous le pseudonyme « Whynne ») une petite bande dessinée intitulée Trolls, qui se moque du comportement absurde et gratuit des trolls d'Internet. Le visage grimaçant apparaît dans la dernière case, en réponse à la question « Problem? » (« Un problème ? »).
Fait amusant révélé plus tard par Ramirez lui-même : à l'origine, il ne cherchait pas du tout à dessiner un « troll ». Il tentait de représenter un personnage qu'il appelait le « Rape Rodent », un rongeur récurrent dans ses gribouillages personnels. Le résultat final, simplifié à l'extrême, allait pourtant devenir bien plus célèbre que son inspiration de départ.
Propagation
Le dessin ne décolle pas immédiatement. Ce n'est qu'après avoir été repris sur l'imageboard 4chan, puis relayé par la communauté grandissante des rage comics, que le visage commence à circuler massivement. Selon les données de recherche, l'intérêt explose véritablement à partir de janvier 2009, plusieurs mois après la publication originale sur DeviantArt.
Le tournant décisif survient avec l'essor du subreddit r/f7u12 (« Fuck Yeah, Rage Comics »), dédié à ces petites BD amateurs dessinées avec des visages stylisés exprimant des émotions basiques : colère, satisfaction, gêne… et bien sûr le sourire narquois du troll. Le Trollface devient rapidement le visage-signature de tout un genre de bande dessinée participative, reproduit, copié-collé et redessiné par des milliers d'internautes anonymes. Pendant une courte période, il est même rebaptisé « Coolface » à la suite d'un webcomic viral repris à la fois sur 4chan et Ebaumsworld, avant que le nom Trollface ne s'impose définitivement.
Variations notables
Au fil des années, le Trollface s'est décliné à l'infini : intégré dans des memes de jeux vidéo (le fameux niveau piège façon Trollface Quest ou les faux niveaux de plateformers truffés de fausses promesses), inséré numériquement dans des photos et vidéos réelles pour souligner une blague ratée ou un coup fourré, ou encore détourné en une infinité de variantes émotionnelles (« Troll dad », « Trollface féminin », versions tristes, versions « rekt »…). Le jeu mobile Trollface Quest, sorti en 2013, a par exemple bâti tout un succès commercial autour du personnage et de son esprit potache.
Ce qui distingue surtout le Trollface des autres mèmes, c'est son parcours juridique inhabituel. Contrairement à la majorité des images virales, tombées de fait dans le domaine public de la culture Internet, Carlos Ramirez a déposé les droits d'auteur de Trolls auprès du U.S. Copyright Office en 2010-2011. Il a ensuite activement défendu cette propriété intellectuelle : accords de licence avec la chaîne de magasins Hot Topic pour des t-shirts à son effigie, revenus mensuels atteignant jusqu'à 15 000 dollars à son pic, et plus de 100 000 dollars perçus entre 2011 et 2015 selon ses propres déclarations. En 2015, il est même allé jusqu'à faire retirer le jeu Meme Run de l'eShop de la Wii U via une notification DMCA, prouvant que le visage le plus « libre » d'Internet appartient en réalité bien à quelqu'un.
Aujourd'hui
Près de vingt ans après sa création, le Trollface reste un pilier de la culture Internet, souvent cité comme l'un des tout premiers mèmes de réaction à avoir transcendé sa communauté d'origine pour devenir un langage visuel universel, compris de n'importe quel internaute dans n'importe quelle langue. Il continue d'apparaître dans des memes, des produits dérivés, des jeux vidéo et même, plus récemment, dans l'univers des cryptomonnaies, où Ramirez a accordé des droits exclusifs sur son image pour un projet de token. Simple sourire moqueur dessiné en quelques minutes par un adolescent un soir de 2008, le Trollface incarne à lui seul l'esprit facétieux, absurde et parfois cruel qui a façonné les débuts de la culture mème telle qu'on la connaît aujourd'hui.

