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This is fine : comment un chien dessiné en pleine incendie est devenu le symbole du déni sur Internet

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This is fine : comment un chien dessiné en pleine incendie est devenu le symbole du déni sur Internet

Un chien assis à une table, une tasse de café à la main, tandis que toute la pièce brûle autour de lui. Il esquisse un sourire gêné et lâche : « This is fine. » En deux images à peine, ce chien anonyme est devenu l'un des mèmes les plus durables et les plus cités d'Internet, une formule visuelle universelle pour désigner le déni face au désastre.

Origines

Le mème vient d'une bande dessinée en ligne intitulée On Fire, publiée le 9 janvier 2013 sur le webcomic Gunshow par le dessinateur américain KC Green. Dans cette planche en six cases, un chien anthropomorphe surnommé « Question Hound » reste installé à boire son café alors que sa maison est la proie des flammes. Il répète que tout va bien, jusqu'à ce que son propre corps commence à fondre, sans jamais perdre son calme apparent.

Ce sont les deux premières cases seulement — le chien assis, entouré de feu, affirmant que « this is fine » — qui ont été isolées et reprises hors contexte. KC Green a confié plus tard que cette bande dessinée avait été créée alors qu'il traversait une période personnelle difficile, en pleine recherche du bon dosage pour son traitement antidépresseur. L'image capturait, presque malgré lui, un sentiment de résignation calme face à une catastrophe évidente.

Propagation

Le succès n'a pas été immédiat. Ce n'est qu'un an après sa publication initiale, lorsque les deux premières vignettes ont été repostées sur Reddit en 2014, que le mème a véritablement décollé. Détaché du reste de la planche, le visuel devenait une métaphore universelle et instantanément lisible : on n'avait plus besoin de connaître l'histoire complète du chien pour comprendre le message.

Le format s'est révélé idéal pour les réseaux sociaux : facile à recadrer, à légender ou à détourner, il exprimait en une image ce qu'il aurait fallu une phrase entière pour dire. Des médias comme Slate ou The Verge ont souligné cette efficacité, décrivant l'expression comme un raccourci pour ces moments où une situation devient si terrible que l'esprit refuse d'en admettre la gravité, préférant l'ironie au constat.

Variations notables

Le tournant le plus marquant du mème survient à l'été 2016. Le 25 juillet, en pleine convention nationale démocrate, le compte Twitter officiel du Parti républicain américain (@GOP) publie les deux célèbres vignettes pour se moquer de ses adversaires. KC Green réagit aussitôt publiquement pour exprimer son désaccord avec cette récupération politique de son dessin, qu'il n'avait ni autorisée ni approuvée.

Le site de dessins de presse The Nib réplique alors avec une version commandée à KC Green lui-même, remplaçant le chien par l'éléphant, symbole du Parti républicain. Quelques jours plus tard, le 3 août 2016, Green publie une suite officielle intitulée This Is Not Fine, dans laquelle le chien sort enfin de son déni, hurle « THIS IS NOT FINE !! », attrape un extincteur et éteint l'incendie. Depuis, d'innombrables détournements ont vu le jour : versions politiques, professionnelles, sportives ou liées à l'actualité, chacune rejouant la même scène avec un contexte différent, preuve de la plasticité du concept original.

Aujourd'hui

Plus de dix ans après sa création, « This is fine » reste l'un des mèmes les plus employés pour commenter l'actualité, qu'elle soit politique, économique ou simplement personnelle. Des rétrospectives publiées par NPR ou The Atlantic ont constaté que l'image restait, contre toute attente, plus pertinente que jamais, plusieurs années après sa naissance. Le chien est devenu un symbole culturel à part entière, utilisé pour décrire toute situation où l'on continue d'affirmer que « tout va bien » alors que l'évidence du chaos crève les yeux.

Ironie du sort, KC Green a lui-même exprimé le souhait, dix ans après, de « mettre son chien au repos », lassé de le voir associé indéfiniment à toutes les crises du monde. Mais la formule a depuis largement échappé à son créateur : elle appartient désormais au vocabulaire visuel collectif d'Internet, aussi reconnaissable que durable.


Écrit par guillaume

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