Il suffit d'un mot de trop dans un groupe de potes, d'un collègue qui convoite votre place ou d'un frère qui veut la dernière part de pizza, et quelqu'un sort la phrase avec l'accent espagnol :
« C'est très important la concurrence. »
Derrière ce petit mème d'Unai Emery, il y a un entraîneur, un club et une saison que les supporters parisiens n'ont pas vraiment oubliés. Voici ce que l'on peut établir sur son histoire, et ce qu'il vaut mieux ne pas affirmer.
Un Espagnol, un micro et un mot répété
Unai Emery a dirigé le Paris Saint-Germain de l'été 2016 au printemps 2018. Arrivé d'Espagne après le Séville FC, il s'exprime en français devant la presse, avec un accent très marqué et un vocabulaire volontairement simple. C'est précisément ce qui fait de lui une cible idéale pour Internet : des phrases courtes, répétées, prononcées avec une conviction totale.
Dans ses conférences de presse de l'époque, un thème revient en boucle : la compétition entre les joueurs d'un même poste. Plusieurs articles et extraits vidéo de la période 2016-2017 reprennent des titres comme « La concurrence, c'est important ! » à propos de ses déclarations d'avant-match. Il y défend l'idée que deux bons joueurs au même poste, c'est une bonne nouvelle pour l'équipe, qu'il s'agisse des gardiens ou du milieu de terrain, où les places étaient très disputées.
Une précision d'honnêteté : je n'ai pas retrouvé de transcription confirmant la formule exacte « c'est très important la concurrence », ni la conférence de presse précise d'où l'extrait est tiré. La formule du mème est très proche de ce qu'il répétait à l'époque, mais sa date exacte reste, à ce stade, invérifiée. Mieux vaut le dire que d'inventer un jour de match.
Pourquoi cette phrase a collé
Sortie de son contexte, la déclaration est une platitude de football : tout entraîneur ou presque pourrait la prononcer. Elle devient drôle par la répétition et par la diction. Emery insiste, reformule, revient au même mot, et le clip qui circule ne retient que la version la plus nette, celle qui sonne comme un mantra.
C'est le mécanisme classique des mèmes de conférence de presse : la même mécanique que « Qu'est-ce que tu sous-entends ? », où Mbappé renvoie une question à un journaliste, ou que la sortie de Mathieu Chabert, « Ça me fait bander ». Un extrait de quelques secondes, un ton reconnaissable, et la phrase devient un outil de conversation que l'on applique à tout autre chose que le football.
Le contexte qui donne du relief
Le moment où le public français découvre Emery n'est pas anodin. Son passage au PSG est marqué par une saison 2016-2017 où le club termine derrière Monaco en championnat, remporte la Coupe de France et la Coupe de la Ligue, et subit en mars 2017 l'élimination contre le FC Barcelone en Ligue des champions, après un 4-0 à l'aller puis un 6-1 au Camp Nou. Dans ce climat, la notion de « concurrence » prend un goût particulier : chaque choix de composition est commenté, chaque titularisation discutée.
À l'été 2017 arrivent Neymar, puis Kylian Mbappé. La concurrence, au PSG, prend alors une dimension que personne ne pouvait ignorer, et c'est précisément le genre de contexte où une phrase d'entraîneur se met à vivre sa propre vie sur les réseaux.
Un mème, mille usages
Aujourd'hui, la phrase n'a presque plus de rapport avec le foot. On la poste :
- sous une publication où deux personnes se disputent la même chose, de la dernière place de parking aux billets de concert ;
- en légende d'une vidéo où quelqu'un se fait voler la vedette ;
- comme réponse ironique à quelqu'un qui prétend « n'avoir aucun rival ».
Le clip s'inscrit dans la grande famille des mèmes de foot francophones, aux côtés de la déclaration de Thierry Henry « Reste à ta place » ou du « Allez mon grand » de Marc Madiot. Des sports différents, le même ressort : un professionnel dit une chose banale avec trop d'intensité, et la foule en fait un proverbe.
Ce qui le distingue, c'est sa souplesse : contrairement à des répliques liées à une scène précise, celle-ci s'applique à n'importe quelle situation de rivalité. C'est probablement ce qui explique sa durée de vie, bien après le départ d'Emery de Paris.
Statut actuel
Emery a depuis continué sa carrière en Angleterre, mais le mème reste associé à sa période parisienne. Il ne fait plus l'objet d'une vague virale : c'est un classique discret, qu'on ressort quand le sujet s'y prête, un peu comme un proverbe de vestiaire que tout le monde reconnaît sans forcément savoir d'où il vient. Et c'est bien là le signe d'un mème qui a gagné sa place : on le comprend avant même de pouvoir le sourcer.




